Du 5 au 8 octobre, place de Jaude à Clermont-Ferrand, deux containers maritimes accolés sont devenus un vaisseau. Pas un vrai, évidemment : un vaisseau berger, qui fait survoler aux visiteurs les prairies du Massif central en 2126 C’était notre contribution à Pâture, l’événement qui a transformé la place en prairie urbaine pendant le Sommet de l’Élevage, à l’occasion de l’année internationale du pastoralisme. Voici l’histoire de ce projet, côté coulisses.

Deux minutes trente en 2126

On entre par un sas sombre, on s’avance face à un grand écran panoramique qui fait office de hublot. À l’accueil, un troupeau de vaches suit chaque visiteur du regard : la Kinect repère les silhouettes et chaque bête imite les mouvements de « son » visiteur. Les enfants comprennent en deux secondes, les adultes mettent un peu plus longtemps à oser bouger.

Puis le voyage commence. Une voix off emmène le groupe au-dessus des prairies, des petites libellules-drones révèlent ce que l’œil ne voit pas : le carbone stocké dans les sols, la vie sous nos pieds, le travail des éleveurs. Il y a un court moment sombre, un rappel de ce qui aurait pu arriver à ces paysages. Et il y a l’orage : éclairs au stroboscope, vent soufflé par les ventilateurs, tonnerre dans le caisson de basses. Sur l’écran au sol, on voit l’eau ruisseler sur un sol nu et s’infiltrer dans la prairie.

Le message de fond est simple : ces prairies tiennent grâce à un équilibre entre le troupeau, l’herbe et les pratiques des éleveurs, et ce que nous choisissons de consommer en fait partie.

Un projet qui nous ressemble

Ce container n’est pas un projet comme les autres pour nous. Il parle de prairies, de ressources à préserver et d’équilibre à long terme. C’est exactement le type de projet que nous cherchons : utile, porteur de connaissances, lié à l’environnement.

Il aurait été incohérent de le construire autrement que nous travaillons au quotidien. Notre règle est simple : faire durer le matériel. Les machines les plus puissantes servent à la production, puis sont réaffectées à des usages moins exigeants, et nous achetons d’occasion ou reconditionné quand c’est pertinent.

Pour Pâturages 2126, cela donne :

  • des vidéoprojecteurs et une Kinect qui ont déjà servi sur d’autres installations ;
  • des téléviseurs de réemploi et des mini PC reconditionnés ;
  • un câblage et un réseau réutilisés ;
  • un décor en bois, assemblé pour être démonté et réemployé.

Nous ne prétendons pas à l’impact nul. L’installation consomme de l’électricité, il a fallu acheter de la peinture ignifugée et les containers ont été transportés. Mais la part de neuf est restée très faible, et tout le matériel repart pour d’autres projets.

Ce n’est pas un argument commercial, c’est notre manière de travailler. Nous l’expliquons plus en détail sur notre page Éthique.

La peur de l’écran noir

Sur une installation ouverte au public toute la journée, ma hantise n’est pas que ce soit moins beau que prévu. C’est l’écran noir devant une file d’attente. On a donc passé beaucoup de temps sur une question peu glamour : que se passe-t-il quand quelque chose lâche ?

Quelques choix qu’on a faits :

  • Tout est câblé en réseau, avec le Wifi en secours.
  • Un serveur synchronise un gros PC pour les vidéoprojecteurs et trois mini PC pour les téléviseurs et la double TV 4K au sol. Si un mini PC tombe, le reste continue : le visiteur perd un écran, pas l’expérience.
  • Un PC de surveillance permet de voir ce qui se passe et de prendre la main à distance.
  • Des lampes de rechange et un PC de secours attendent sur place.

Le tout a été testé pendant un mois : tension, chaleur, fuites de mémoire, coupures volontaires pour voir comment le système redémarre.

Et malgré ça, un matin, l’application du gros PC était plantée. Le coupable : un processus que Windows avait décidé de lancer tout seul pendant la nuit. Le temps de venir, puis cinq minutes de prise en main à distance, et c’était reparti.

C’est sans doute la vraie leçon du projet. On ne rend pas une installation infaillible. On fait en sorte que la panne soit petite, qu’on la voie vite et qu’on sache quoi faire. L’informatique reste une science inexacte.

Et après ?

Le Sommet de l’Élevage annonce une édition record avec 139 000 visiteurs. Place de Jaude, à Clermont-Ferrand, 25 000 personnes étaient présentes sur 4 jours et la plupart sont montées à bord du container, dont la ministre de l’Agriculture.

Le container est démonté. Les projecteurs, la Kinect, les écrans et le bois sont rangés et attendent leur prochaine vie.

Merci à l’équipe de Pâture et au Sommet de l’Élevage pour leur confiance, à ceux qui ont aidé au montage, et à tous les visiteurs qui sont montés à bord.