La Montagne a consacré le 4 septembre 2026 un article à Lavaa, la série animée que je construis depuis plus d’un an avec Philippe Ruby. L’article est signé Angèle Broquère. Je voudrais moins y revenir pour ce qu’il dit du projet — il est en ligne, il le dit très bien — que pour ce que sa lecture m’a renvoyé.
« Ingénieur spécialisé dans les systèmes complexes »
C’est ainsi que l’article me présente, deux lignes avant de parler de dessin animé. Vu de l’extérieur, l’écart peut sembler cocasse. Il n’en est pas un.
Lavaa est un système complexe. Trois plateformes de diffusion aux logiques différentes. Un format vertical de quelques minutes qui impose ses contraintes de récit. Un assemblage technique qui mêle jeu d’acteurs, fonds verts, motion capture, animation 2D et 3D, sans studio ni budget conséquent. Une intelligence artificielle qui est à la fois un sujet de la série et un outil de sa fabrication. Et, en bout de chaîne, un public dont les réactions modifient la suite de l’écriture.
Après vingt-cinq ans passés à travailler sur la cartographie de l’information, la visualisation de données et les technologies immersives, je n’ai pas changé de métier en écrivant une série. J’ai changé de matériau.
La phrase qu’elle a mise en exergue
Un journaliste choisit une citation à détacher du texte. C’est un jugement sur ce qui, dans une heure d’entretien, mérite d’être vu en premier. Angèle Broquère a retenu celle-ci :
« On croit que l’IA permet de faire des choses magiques, mais il y a aussi beaucoup d’huile de coude. »
C’est la phrase la moins spectaculaire que j’aie prononcée ce jour-là, et c’est la bonne. Le discours ambiant sur l’IA oscille entre promesse de miracle et annonce d’effondrement. Le travail réel se situe ailleurs : dans des dizaines d’heures de reprises, de raccords, de plans refaits parce que l’outil n’a pas compris ce qu’on lui demandait. Nous ne cherchons pas à condamner la technologie, mais à questionner la place qu’elle prend dans la société — et cela commence par ne pas mentir sur ce qu’elle coûte à produire.
Accepter d’être décrit comme incertain
L’article comporte un intertitre que peu de porteurs de projet apprécieraient de lire : « Aucune certitude sur l’audience ». Il rappelle que nos premières vidéos ont d’abord attiré des internautes hostiles à l’usage de l’IA.
Je l’assume, parce que c’est la méthode. Sur un projet indépendant, on ne valide pas une hypothèse en salle de réunion, on la publie et on regarde ce qui revient. L’hostilité initiale était une information ; l’intérêt qui a suivi en était une autre. Ce que je cherche ne se mesure pas en vues, mais à la capacité d’une série à faire sortir un spectateur des boucles hypnotiques du scroll pendant quelques minutes, et à lui donner envie de s’interroger sur la société qui l’entoure. Cela ne se pilote pas au tableau de bord.
Ce que fait un article de presse
Il ne fait pas d’audience — ce n’est pas son rôle. Il fait autre chose : il donne à un projet une existence en dehors de ses propres canaux. Tant que Lavaa n’existait que sur TikTok, Instagram et YouTube, elle restait un signal parmi des millions. Racontée dans le quotidien de la région où elle se déroule, elle devient un objet dont on peut parler à quelqu’un qui n’a pas de compte sur ces plateformes.
Merci à Angèle Broquère pour la précision de son travail, et à La Montagne pour le regard porté sur une production indépendante faite ici.
La première saison sera menée à son terme. La suivante est écrite.
Lire l’article : lamontagne.fr
Voir la série : lavaa.fr — Instagram, TikTok, YouTube : @lavaa_game
