Le Parisien a consacré le 7 septembre un article à Climat 2100. Alix Vermande y a gardé une phrase que j’emploie depuis longtemps pour décrire mon travail : « on me fournit au départ un gros sac de nœuds, et j’essaie de démêler tout ça ».
Le climat est le sac de nœuds le mieux documenté de notre époque, et l’un des plus mal représentés. Il nous arrive en morceaux, au rythme de l’actualité — les glaciers, la montée des eaux, les émissions — et chaque morceau isolé reste supportable. Personne ne branche les morceaux entre eux devant nous.
L’idée est venue pendant la canicule de mai, sous la forme d’une question un peu naïve : est-ce qu’on peut faire quelque chose à son petit niveau ? La réponse ne relevait pas de la climatologie. Le GIEC produit les données, l’AR6 est public et bien plus solide que ce que je pourrais bricoler. Ce qui manque n’est pas un chiffre de plus, c’est un câblage. Un système à mille paramètres ne se comprend pas paramètre par paramètre ; il se comprend par ses boucles.
Un simulateur plutôt qu’une tribune
Une tribune, on la croit ou on ne la croit pas. Un simulateur, on l’ouvre, on change les hypothèses, on essaie de le prendre en défaut. Le désaccord devient démontrable, ce qui est le seul terrain intéressant.
Ce que le modèle affiche quand on prolonge les trajectoires actuelles, l’article ne l’a pas arrondi : la production alimentaire décroche à partir de 2050, pas en 2100. Et la faim ne s’arrête pas aux frontières, ce qui règle assez vite la question du repli sur soi.
L’outil est gratuit, sans publicité, et je ne souhaite pas en être rémunéré. Un instrument pédagogique n’a de valeur que s’il circule ; des institutions s’en servent déjà, c’était l’objectif.
Ce que le modèle ne dit pas
Il calcule des trajectoires, pas des comportements. Sur le climat, je ne suis pas optimiste : la physique ne négocie pas et le CO2 déjà émis restera là longtemps après nous. Sur nous, davantage — les grandes contraintes ont produit, historiquement, autant d’entraide que de repli. C’est un pari, pas un résultat de calcul, et il ne figure dans aucune boucle du simulateur.
Merci à Alix Vermande, et au Parisien : un site en accès libre, sans budget de communication, n’obtient pas cette visibilité tout seul.
Le simulateur : climat-2100.com — libre, gratuit, sans inscription.
